Interview avec Wim Van Belleghem
E.W. : Comment réponds-tu à la question : qu’est devenu Wim Van Belleghem (sur le plan professionnel, sportif, …) ?
W.V.B. :Quand j’ai raccroché en 1993, j’ai commencé par créer une société de transports, et j’ai même parcouru toute l’Europe pendant 7 ans avec mon camion, j’ai fait croître mon entreprise pour me retrouver à ce jour à la tête de 30 tracteurs de semi-remorques et de 36 hommes. Je peux vous assurer que ceci fut du sport de haut niveau. Il y a quelques mois d’ici, j’ai repris avec un partenaire d’affaires la concession Ford de Bruges, une concession qui occupe 16 personnes. Avec des activités aussi lourdes, je ne peux plus m’entraîner que rarement.
J’essaie de courir de temps en temps, et je ne rate jamais mon match hebdomadaire de tennis. De temps en temps, j’accompagne mon fils dans un entraînement cycliste.
E.W. : L’aviron est un sport exigeant. Comment es-tu arrivé au niveau mondial ?
W.V.B. : Si vous voulez atteindre le sommet en aviron, il faut beaucoup vous entraîner. A 16 ans, j’ai appris à ramer lors d’un stage du BLOSO, et j’y ai pris directement goût, bien que mes prestations n’étaient pas encore brillantes. J’arrivai ensuite dans le meilleur groupe que la Belgique ait jamais eu auparavant. A 19 ans, j’ai commencé à percer au niveau international. Après ça, tous a été très vite et s’améliora d’année en année.
E.W. : En 1987 tu devins, bien qu’amateur, champion du monde en skiff poids léger, trouves-tu que tu as reçu la reconnaissance nécessaire en Belgique ? Je pense à une nomination comme homme sportif de l’année.
W.V.B. : J’ai toujours considéré mon titre comme une récompense pour des sacrifices des années durant et des entraînements plus dur les uns que les autres.
Pour une reconnaissance suffisante, cela ne m’intéressait pas à vrai dire, et la seule chose qui comptait pour moi, était de trouver un sponsor qui me donnerait les moyens financiers suffisants pour m’entraîner en full time et entretenir une famille. Pour ce qui concerne les nominations, j’ai été appelé quelques fois comme homme sportif de Bruges "Vlaams sport juweel" ou encore d’autres nominations. Je suis vraiment le premier à relativiser toutes ces choses, une prestation sportive dépend entièrement de vous, une nomination non. Lorsque vous considérez que la brillante prestation du 4 de couple à Gifu fut sous-estimée par la presse, et assimilé à des espoirs qui n’ont jamais pu se qualifier pour un tournoi majeur, vous voyez qu'il ne faut pas trop accorder d’importance à ce genre de choses.
E.W. : Aux Jeux Olympiques de Séoul tu fus 4ème avec Alain Lewuillon suite à une avarie, la plus mauvaise place, l’année suivante tu gagnais tout ce qui se présentait, excepté un nouveau titre mondial . De très belles prestations, et je peux m’imaginer qu’à ce moment tu espérais plus. Comment regardes-tu ces prestations 20 ans plus tard ?
W.V.B. : C’est une affaire à part. Comme titulaire d’un titre de champion du monde en poids léger, je ne pouvais participer aux Jeux Olympiques qu’en classe Open, parce que les poids légers n’étaient toujours pas une discipline olympique. A ce moment le professeur Vrijens était à la tête de la cellule aviron du COIB et avait tout à dire. Un jour j’ai vu mon entraîneur Guido Terryn, plutôt embarrassé, m’expliquer très prudemment (il voyait déjà la rage écumer) que je ne pouvais prendre part aux J. O. qu’accompagné d’Alain Lewuillon en deux sans barreur. Je ne connaissais Alain que comme un excellent rameur et très fort, j’avais ramé plusieurs fois contre lui, et à chaque fois je l’avais battu, et je n’envisageais pas les choses de la sorte, et aussi parce que, excepté un titre de champion de Belgique en huit, je n’avais aucune expérience en pointe. Lors de notre premier entraînement, j’étais très heureux d’être resté sec, et même des rameurs de loisirs nous dépassaient. Un des problèmes résidait dans mon retard technique par rapport à Alain, je ne me trouvais pas à la nage, et d’après mon caractère, ce n’était pas la meilleure composition d’équipe. Ainsi je me rappelle qu’à la finale d’Essen on s’est fait passer alors que nous étions en tête, et que j’ai tiré le bateau de la ligne du milieu vers l’extérieur. Après cela, Guido suggera que je prenne la nage lors du stage en Angleterre où nous devions peaufiner notre technique avec Mike Sprakling, et dès ce moment, on a commencé à avancer, et les résultats suivirent. J’ai toujours la plus grande admiration pour Alain et Guido, qui ont pu me supporter pendant tout ce temps. Je voyais les Jeux s’éloigner, et j’ai concocté un plan d’entraînement incroyable, qui était pour moi, même si j’étais habitué à m’entraîner très dur, excessivement lourd. Après une deuxième place à Amsterdam et une finale à Luzerne, nous allions finalement aux Jeux de Séoul. Là nous avions finalement étonné nos amis et détracteurs, et si Alain n’avait pas cassé sa planche de pieds juste avant le départ, nous aurions certainement eut mieux qu’une 4ème place, mais ça, on ne le saura jamais.
L’année suivante je fis la connaissance, via mon constructeur de bateaux, de Richard, un gars exceptionnellement intelligent avec des connaissances théoriques énormes. J’ai tout gagné cette année, et pulvérisé tous les records des différents plans d’eaux. Aux championnats du monde de Bled j’avais encore battu tout le monde en demi-finale, mais j’ai contracté une déchirure musculaire lombaire. Mon toubib m’a remis sur pieds avec des pilules antalgiques. Après la finale on a dû me sortir du bateau, et une médaille d’argent ne fut qu’une faible consolation. A cette époque on entendait "Wim Van Belleghem n’a obtenu qu’une médaille d’argent".
E.W. : Tu étais un rameur cobaye en Belgique, était-ce un rêve pour toi ?
W.V.B. : C’était de toute façon la seule manière pour vivre mon sport à fond. A ce moment il n’y avait aucun soutien financier (ou du moins pas pour moi). J’ai vraiment eu de la chance qu’il y avait dans mon entourage un manager de football, qui plus par compassion que par intérêt, a mis en place une structure, qui à l’heure actuelle fait rêver plus d’un rameur.
E.W. : Suis-tu encore l’aviron ?
W.V.B. : Je suis encore membre de la BTR, j’y ai encore des amis, et nous disposons encire de quelques talents qui obtiennent d’excellents résultats. Mon bateau est toujours là, recouvert d’une couche de poussière. Dirk Crois vient aussi régulièrement avec ses rameurs sur le canal, et je suis une partie de leur entraînement.
E.W. : Y a-t-il eut beaucoup de changements en 20 ans, comme l’accompagnement des sportifs d’élites en Belgique ?
W.V.B. : C’est facile de dire que tout était plus facile de notre temps. D ’après moi, c’est toujours celui qui s’entraîne le plus dur qui gagne. Naturellement, les méthodes d’entraînements et le matériel se sont améliorés, mais c’est le cas pour tout le monde aussi. Ce qui a fort changé, c’est l’aide financière des sportifs d’élites. De mon temps, je devais tout résoudre moi-même. Les dernières années, j’étais fort occupé avec des activités extra sportives, et ceci avait incontestablement influencé mes résultats. Après les Jeux Olympiques de Barcelone, j’avais compris que je ne devais plus continuer, et j’ai décidé de mettre un terme à ma carrière.
E.W. : En temps que sportif, attends-tu un nouveau défi, quelles sont tes ambitions maintenant ?
W.V.B. : Je peux vous assurer que dans la vie des affaires, il faut toujours pratiquer un sport de haut niveau, toujours être à la pointe, sinon vous êtes dépassé, surtout dans une activité aussi dure que le transport international.
Pour moi, c’est relativement facile parce que j’ai toujours été habitué à cela, et disons que mes ambitions ne se limitent pas à laisser ma firme là où elle en est, ainsi nous sommes en train d’ériger une société de transport dans le bloc de l’est, et il y a encore quelques ambitions que nous voulons réaliser, mais chaque chose en son temps.

